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Comment est né le projet de l’île Atlantique ?

C’est un projet qui vient de loin, de très loin même… Au départ, il y a une conversation avec Pierre Chevalier à propos de trois livres qui ont énormément compté dans ma vie ; des livres qui m’ont accompagné et m’accompagnent encore. Pierre me prend au mot et me commande trois films pour Arte à partir de ces livres : « En compagnie d’Antonin Artaud » de Jacques Prevel (tournée en 1997), ‘L’Apprentissage de la ville » de Luc Dietrich (tourné en 2000) et « L’île Atlantique » que je viens de terminer. Voilà, en tournant « L’île Atlantique », je suis allé au bout de cette commande amicale.


Quel sens donnez-vous à cette trilogie ?

Dire cinématographiquement mon admiration à la littérature, mettre en image les incomparables émotions qu’elle me procure, les faire partager, lire en filmant…


Pourquoi particulièrement « L’île Atlantique » ?

« L’île Atlantique » est un livre très dur, très brutal – parfois d’une méchanceté drôlatique – sur la violence faite aux enfants. Pas seulement la violence physique, mais toutes les formes de violence qui s’exercent contre eux : l’abandon, l’humiliation, le dénigrement, la négligence, etc… Je voulais montrer ça, pousser les enfants au premier plan, interdire aux spectateurs de détourner le regard ou de se boucher les oreilles. Je crois que dans l’esprit, le film est très fidèle au roman, même si pour le mettre en scène, j’ai exploré des voies narratives spécifiquement cinématographiques ou télévisuelles.


Comment avez-vous choisi les enfants qui sont dans le film ?

En faisant des essais, encore et encore. Avec François Vantrou, mon assistant, nous avons dû voir 400 enfants pour une dizaine de rôles. Lorsque l’on tourne avec des enfants, le choix est essentiel. Un enfant qui n’y arrive pas ou qui y arrive mal, ou qui est inconstant, le sera pendant le tournage, et s’il est bon il le sera au tournage. Et puis la dimension affective est très importante, aussi importante que les capacités de jeu. Il faut sentir une vraie connivence, une complicité. En toute modestie, je crois que nous ne nous sommes pas trompés pour les enfants ou les jeunes filles qui jouent dans « L’île Atlantique ». Si le film est réussi, c’est en premier à eux que je le dois.


Je remarque des « nouveaux » dans la troupe d’acteurs qui, de film en film, vous est fidèle : Catherine Jacob, Frank de la Personne, Jean-Damien Barbin….

C’est vrai que j’ai beaucoup tourné avec ma « troupe », comme vous dites : Luc Thuilllier, Jacques Pater, Patrick Valota ou Julie Jézéquel ! Mais là, il fallait élargir le cercle ! Pour le couple Seignelet, j’ai immédiatement pensé à Catherine Jacob et à Frank de la Personne. C’était pour moi une évidence, et je n’ai pas imaginé un seul instant qu’ils puissent refuser le rôle que je leur proposais. Catherine comme Frank ont cette dimension unique des acteurs capables de jouer la comédie. C’est un lieu commun mais c’est vrai. Faire rire est la chose la plus difficile au monde. Et c’est bien parce qu’ils ont cette qualité si rare que Catherine et Frank ont pu mettre leur art au service du contraire : montrer ce que l’individu a de plus sombre, affronter les démons d’un couple terrifiant, toucher à la tragédie. Quand à Jean-Damien Barbin, j’ai eu comme une illumination en le voyant jouer au théâtre du Rond-Point : Maurice Glairat c’était lui ! Et je ne vois pas qui d’autre aurait pu faire mieux que lui. Je n’avais pas d’essais à faire ! Voilà, j’ai donc trois nouvelles recrues dans ma « troupe ».


Comment s’est passé le tournage ?

Dans le vent, le froid, la tempête ! J’étais aux anges, c’était exactement le climat que j’espérais. Dans « L’île Atlantique » il y a de la neige sur la mer : impensable et brûlant comme la neige sur l’océan, mais réel, bien réel, terriblement réel.


Il y-a t-il une image qui synthétise tout ce que vous vouliez faire ?

Deux ou trois, mais au fond ce sont les mêmes… Celles de Jean-Charles (Camille dans le film) regardant son père et lui disant, sans baisser les yeux « c’est dégueulasse », celle de Finnegan (Jean-Baptiste) disant aux siens : « Vous n’avez pas le droit », ou de ses deux frères faisant face à leurs parents. « L’île Atlantique » est un film où les enfants jugent les parents. Et leur jugement est impitoyable.


Propos recueillis par Pascale Laniot.