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Papa est monté au ciel • note du réalisateur

Dans les jours qui suivent la mort du père, Corinne, Francine et Roseline, ses filles, trois femmes d’aujourd’hui âgées de 30 à 45 ans, se lancent dans de petites extravagances.

La première, Francine, mère de cinq enfants, va tenter de rendre conciliable l’inconciliable. Elle invite chez elle tous les pères de ses enfants, dans l’espoir que ce rassemblement comblera le vide laissé par le défunt. La seconde, Roseline, qui prend un peu trop facilement ses rêves pour des réalités, fait une fugue saugrenue pour tenter de briser l’impasse dans laquelle son couple est enfermé. Corinne, la dernière, "la plus mignonnette" comme disait le père, se lance dans la quête éperdue de "l’homme plus beau qu’elle" ! Aucune n’arrivera au résultat escompté. Et pour leur entourage, ces actes désordonnés, ces pulsions dérisoires ou drolatiques, sont tout bonnement prises pour l’expression de leur désarroi face au deuil. Pourtant, ces petits dérapages, "ces folies ordinaires", vont faire avancer les trois sœurs.

Révélatrices de leur souffrance et de leur fragilité, elles vont leur faire prendre conscience de désirs inconnus jusqu’à ce jour. Comme si la disparition du père les rendaient enfin libres d’échapper à une image ou à un rôle qui n’était pas le leur. Francine mettra tous ses invités à la porte, comprenant qu’avec la mort paternelle "les hommes, pour elle c’est fini". Roseline, au retour de sa fugue, comprendra que son "amour immodéré pour ses sœurs" est grandement responsable de l’impasse de son couple. Et Corinne constatera que sa quête amoureuse n’est que prétexte à dérives nocturnes, entre alcool et aventures sexuelles. Cette prise de conscience va conduire les trois sœurs à se rapprocher de Flora, la mère. Et, tout en continuant à assumer leur vie personnelle, elles vont s’approprier ce qu’il y a de meilleur dans l’héritage familial. Petitesses et grandeurs reconnues et acceptées, elles vont pouvoir être simplement ce qu’elles sont avec un appétit et une force insoupçonnés. C’est d’ailleurs ce que nous disent joyeusement les trois sœurs assises sur la dune… Comme pour s’excuser de s’être conduites un temps en "vraies chèvres folles" !

Voyage dans l’ordinaire de la vie de gens modestes, Papa est monté au ciel est aussi un voyage dans "l’extraordinaire" de ces gens. Le temps du film n’est pas linéaire, n’est pas chronologique. Comme dans les moments de deuil, il est celui de tous les temps de l’existence. Le passé, le présent, l’avenir, le souvenir et le rêve s’entremêlent jusqu’à ne faire plus qu’un, jusqu’à permettre au père disparu de revenir dire les raisons de sa "montée au ciel". Cette liberté dans la structure du film nous a permis de nous concentrer sur des instants choisis de la vie réelle ou imaginaire de nos personnages et de les juxtaposer, simplement pour les laisser entrer en résonance les uns par rapport aux autres. Sans entrer dans le détail des méandres psychologiques, sans avoir recours à des événements spectaculaires. Elle nous a permis de travailler essentiellement sur l’émotionnel. De faire un film frontal et nu. De montrer avec dépouillement les visages, les corps, les comportements et les lieux, pour ce qu’ils ont de naturel et de normal mais aussi pour ce qu’ils ont de symbolique. C’est sans doute aussi pour cela que l’eau, le vent et le soleil sont si présents. En situant notre fiction dans les Flandres Maritimes françaises, nous avons choisi un Nord de bord de mer, un Nord de canaux, de vent et de soleil. Un pays où les traditions, les rites et les mythes restent très ancrés et vivaces. Un pays qui laisse émerger, malgré toutes ses fractures, la joie si particulière qui s’y trouve. Une joie qui cherche à se partager, à s’échanger même dans l’excès. Et qui, de ce fait, permet à ce pays d’intervenir comme s’il pouvait tout sauver. Comme si, à son contact, le drame allait se dissiper et se transformer en bonheur. Comme si, à certains moments de l’existence, la magie des lieux rejoignait et renforçait celle des êtres. Et c’est pour cela que "les trois sœurs assises sur la dune", Corinne, Francine et Roseline, sont aussi comme les Parques, ces Sentinelles de la vie, ces trois femmes qui chantent trois fois, trois jours de suite, le lamento du deuil qui n’est rien d’autre qu’un appel à vivre coûte que coûte.