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Préfaces • les 12 films
  

  1 • Brendan Behan réalisé par Stephen Dowskin

On a trop longtemps ignoré le grand écrivain que fut Bredan Behan. Pourtant son œuvre est immense et se distingue par sa capacité à restituer par l’écrit la richesse et l’exubérance du langage parlé. Tout le film est basé sur la restitution de cette «écriture parlée» par trois personnages qui parcourent les lieux de l’écrivain à Dublin, des pubs à la prison où il séjourna comme prisonnier politique. Là où le langage quotidien devient poésie et musique.


 

  2 • Karl Krauss réalisé par Lutz Becker

Karl Kraus, écrivain satirique et prophète de l’apocalypse, fait partie de ces figures que seule une ville comme Vienne pouvait produire. Pendant 36 ans, de 1899 à 1936, il fut le seul auteur et éditeur de la revue Die Fackel. Il lutta contre la confusion du langage et l’hypocrisie de son temps. Composé de documents d’archives, d’entretiens et d’images de Vienne, le film est traversé par la violence des textes de Karl Kraus qui ne cessa de voir dans le monde du XXème siècle une «civilisation de l’horreur».

 

  3 • Joe Bousquet réalisé par Jean-André Fieschi

Le film Préface se voudrait poème-objet, telle est du moins son intention. Il aurait la légèreté fugace des noces de papillons. Le goût âpre de la menthe poivrée. Le parfum entêtant du mimosa. Le son affolant des élytres de la mante ou du ruisseau mêlé au vent. Non certes, il ne s’agit pas là d’un storyboard, mais de ce qui ressemble à l’écriture-Bousquet. Le film tente de fixer un vertige, l’éclat brisé d’un diamant noir : quelque chose qui ressemble au bonheur.

 

  4 • Primo Lévi réalisé par Henry Colomer

J’ai réuni autour du témoignage de son ami Jean Samuel, des textes de Levi écrits dans des circonstances bien différentes, mais dont le rapprochement souligne l’extraordinaire caractère de nécessité et de cohésion. Les images que j’ai mises en relation avec ces textes sont en noir et blanc : peut-être que le noir et blanc est censé contraindre à l’accentuation de l’essentiel, et qu’avec cette pensée, j’essaie de me consoler d’avoir dû passer sous silence tant d’aspects importants de l’œuvre de Levi. Peut-être aussi parce que sa mort est si proche qu’elle invite à se retirer des lumières et à retrouver, dans la pénombre, des points d’appui pour les temps difficiles.

 

  5 • Isaac Babel réalisé par Hartmut Bitomsky

Une grande distance sépare Isaac Babel du lecteur d’aujourd’hui. Pourtant ses écrits nous procurent l’impression de recevoir, toutes crues et saignantes, des tranches de réalité. Et cette réalité nous est plus familière que notre présent. Le film, résolument expérimental, se situe entre le documentaire et la fiction.  Il a pour sujet le travail consacré à un film sur Babel, il explore ce qui précède, ce qui se situe entre les récits de Babel et un film.  

 

  6 • Anna Akhmatova réalisé par Semen Aranovitch

Consacré à Anna Akhmatova (1889-1966), la plus célèbre des poétesses russes, le film est monté à partir de photos et de films d’époque, documents officiels ou archives personnelles. L’on voit et l’on entend Anna Akhmatova lire ses poèmes en russe, l’on rencontre Lev Goumilev qui évoque la vie tragique de sa mère, mêlée aux bouleversements de la première moitié du XXème siècle. Il n’y a pas de commentaire, on n’entend que les lettres, les carnets, les souvenirs d’Anna Akhmatova. 

 

  7 • Jean Reverzy réalisé par André S. Labarthe

La caméra balaie la typographie d’un livre tandis que la voix se lance dans une première tentative de lecture : «Chapitre premier… Le Passage…»; La caméra s’immobilise sur le mot Polynésie. Dans une salle d’attente désaffectée, un homme sans âge ne cesse de tousser. Il attend. La voix reprend sa tentative de lecture mais est interrompue par celle du témoin (l’écrivain Charles Juliet), qui fait le récit de ses rencontres avec Jean Reverzy. L’homme qui tousse s’aventure dans l’appartement; la Polynésie surgit d’un téléviseur.

 

  8 • Bruno Schulz réalisé par André S. Labarthe

Deux voix qui lisent Bruno Schulz se disputent l’espace sonore. L’une, la polonaise, pour donner la musique. L’autre, la française, pour libérer les images : dans le décor d’un atelier de confection, deux pieds nus qui actionnent le pédalier d’une machine à coudre, un homme qui écoute passer le temps, une petite fille qui pleure, un cafard qui s’enfonce dans l’obscurité… Entre ces images, la ronde des dessins (Schulz était professeur de dessin), et la présence obsédante des livres, du Livre.

 

  9 • Stig Dagerman réalisé par Pierre Beuchot

A la rencontre de Stig Dagerman dans l’hiver suédois, avec pour guide Klas Ostergren, un jeune romancier. Le film nous emmène à Stockholm et au journal Arbetaren, pour lequel Dagerman écrivait des billets quotidiens; à Alvkarleby, la ferme où Dagerman - enfant abandonné - fut élevé par ses grands-parents. Rencontre avec Anne-Marie Dagerman, militante anarcho-syndicaliste comme lui, qui partagea sa vie pendant les brèves années où il écrivit l’essentiel de son œuvre puis avec la comédienne Anita Björk, avec qui il vécut jusqu’à son suicide, en 1954, à 31 ans.

 

  10 • Salvador Espriu réalisé par Henry Colomer

En 1933, Espriu a vingt ans et rêve de devenir égyptologue mais la guerre civile le transfome en gardien d’une langue interdite, le Catalan. Tourné à Arenys de Mar et à Barcelone, le film nous fait rencontrer Rosa-Maria Delor, qui dépouille la «bibliothèque» d’Espriu, et le poète et historien Felix Cucurull. Un film clandestin, tourné pendant la dictature, montre comment Espriu a pu devenir le poète le plus populaire de son pays.

 

  11 • Pierre-Jean Jouve réalisé par Pierre Beuchot

En 1960, Pierre Jean Jouve publie Proses. Dans ce court recueil, le poète, âgé, solitaire, se retourne vers son passé, méditant sur son travail, ses rencontres, ses amours… Le film imagine la rencontre du poète et de ses derniers textes. Devant l’homme âgé, «qui sent le regret dans les plus profondes racines de son être», apparaît une jeune femme. Sa voix s’élève dans le silence d’une chambre bleue. Bleus, silencieux, les paysages aimés du poète surgissent à leur tour : l’Engadine, le lac de Sils-Maria, le Tessin suisse…

 

  12 • Tommaso Landolfi réalisé par Jean-André Fieschi

On entrevoit des lieux hantés par le fantôme de l’écrivain (le casino de San Remo, Pico) ; Idolina Landolfi feuillette des textes de son père dans un jardin de Florence. Un médecin de San Remo et un maçon de Pico racontent des anecdotes étranges. Les textes, dits à l’image par Olimpia Carlisi, proviennent de sources différentes : journal intime, poésie, récit, roman. Ils indiquent la force hallucinatoire de l’écriture-Landolfi.